2026 - Viaduc DES Fauvettes
Stèphane du Crest - Daniel Taupin
Stèphane du Crest - Daniel Taupin
Viaduc sauvé des autres ! L’histoire méconnue d’un sauvetage non sans histoire.
Introduction (rédigée par Jean-Jacques Naels) :
Si l’on feuillette le topoguide du Cosiroc de 2012 sur les escalades du viaduc, et qu’on s’arrête à la page 8 consacrée à l’histoire du viaduc, on peut lire ce court paragraphe :
« 1997 – Suite à une étude par la direction départementale de l'Équipement de l’Essonne, un arrêté préfectoral interdit l’accès au viaduc… L’incertitude sur l’avenir du viaduc et particulièrement la menace de destruction mobilisent de nombreux défenseurs… le COSIROC en particulier, ainsi que les communes de Gometz-le-Châtel et Bures-sur-Yvette ».
En lisant cette affirmation a priori exacte, le lecteur a toutes les chances de se figurer que le rôle du cosiroc a été prédominant dans la longue aventure pleine de rebondissements qui a abouti au sauvetage du viaduc par rapport à ceux des maires et des autres associations, dont les noms et les acronymes ne sont pas dévoilés. Je comprends que l’auteur de ces lignes, étant de cet organisme, ait eu le souci de faire briller l’enseigne de son commerce, sauf que derrière l’opacité du contre-jour, c’est-à-dire, au-delà de cette anonymisation toute subtile des autres partenaires, je perçois une réalité un peu différente [1] : celle que l’on doit davantage à ceux dont le texte tait les noms qu’à ceux suggérés avec enthousiasme par le porte-plume.
Oui, c’est parce que j’ai l’intime conviction qu’il y a un dévoiement des mérites, sans doute involontaire, à vouloir trop synthétiser ce qui est complexe, que j’ai demandé à l’un des acteurs essentiels du sauvetage du viaduc, monsieur Stéphane du Crest, ex-maire de Gometz-le-Châtel, de nous raconter plus en détail ce long et difficile combat qui a duré des années. Que son témoignage est important.
Il a fini, à force d’insistance de ma part, par accepter de s’adonner à ce difficile travail de mémoire. Et j’avoue en lisant son compte rendu que j’ai été impressionné par la précision des faits retranscrits : le tout en ayant le souci de donner aux différents Césars de cette longue histoire le bien qui leur est dû. Une belle leçon de solidarité. À vous de vous faire votre avis !
Avant de commencer la lecture du témoignage, sachez qu’en contrepartie, vous pourrez aussi découvrir un rapport de situation de Daniel Taupin datant de 1999. Écrit publié dans la revue du CAF Paris-Chamonix. Il corrobore le récit de Stéphane du Crest retranscrit ici :
[1] Il se trouve que j’ai assisté à trois réunions de travail en tant qu’invité « silencieux » étalées sur plusieurs années. Et même si c’est trop peu pour me positionner en témoin, je peux toutefois me fier à ma mémoire : mémoire qui me rappelle que la réussite du sauvetage du viaduc, on la doit essentiellement à trois personnes : des personnes qui avaient à la fois la culture et le pouvoir d’agir en tant que responsables.
Petite histoire du viaduc des Fauvettes (1)
…Cette structure est située dans un magnifique écrin de verdure protégé alternant zones boisées et prairies, elle est relativement isolée. Dans les années 80 le viaduc n’était connu que des grimpeurs locaux qui pratiquaient l’escalade en auto-assurage, de quelques spéléos, de quelques randonneurs, des groupes de scouts, de sauteurs à l’élastique, de visiteurs occasionnels principalement nocturnes et festifs qui bivouaquaient sous les arches et de groupes du GIGN qui pratiquaient le saut pendulaire.
Envahi par la végétation à la fois sur ses piliers par le lierre et sur son tablier par des arbustes, le viaduc était laissé à l’abandon. Sa première arche à moitié démolie suite aux bombardements de 1944 présentait un danger pour le maintien de l’ensemble de la structure et pour le public. Conseiller municipal de Chatel-le-Gometz (1989-1995), Stéphane du CREST, lui-même grimpeur (adhérent à la FSGT de Ste Géneviève des Bois), constate que le viaduc devient de plus en plus fréquenté, en particulier par des scouts de la région, qui escaladent la structure dans des conditions très dangereuses, certains d’entre-deux risquant leur vie en s’arrimant aux fragiles rambardes en fonte.
En vue d’une prise en charge collective du problème du viaduc, Stéphane du CREST lance la création de l’Association du « Viaduc de Fauvettes – Escalade, Spéléo » en septembre 1989. Cette association prend forme et rassemble le président du COSIROC, des représentants des comités régionaux et départementaux de la spéléo, un représentant du comité départemental FFME, des grimpeurs des clubs de la région (en particulier de l’Association Sportive de la faculté d’Orsay). En fait, le bureau sera composé de Stéphane du CREST de la municipalité de Gometz (Président), de Philippe JANIN de la municipalité de Bures (Vice-Président), de Philippe BRUNET du COSIF Spéléo (Secrétaire), de Daniel TAUPIN (Vice-président de la FFME et Secrétaire adjoint du Cosiroc), Paul BENOIT du CD 91 Spéléo (Trésorier) et Philippe MULLER du CD FFME 91 (Trésorier Adjoint). Dès lors le trio TAUPIN-JANIN-du CREST va se mobiliser durant une quinzaine d’années pour défendre le projet du viaduc face à l’Etat (car le préfet menaçait de le faire détruire), au département et à la Région, afin de le sécuriser durablement et surtout l’installer dans une situation administrative d’avenir tant du point de vue de sa propriété que de sa gestion. Cette énorme structure se révèle trop importante pour n’être prise en charge que par les deux communes. Il y a urgence car les problèmes d’accès et de sécurité se multiplient.
Une conclusion s’impose vite : Ce sera au futur propriétaire d’en assurer la sécurité, même si les individus pratiquant les sports d’escalade et de spéléo sont couverts par leurs fédérations respectives. Mais il n’en n’est pas de même pour le reste du public.
Une première opération « Viaduc propre » est organisée par les communes de Gometz-le-Châtel et de Bures-sur-Yvette le 26 novembre 1989, elle rassemble environ 200 personnes qui, armés de pioches, tronçonneuses, scies, burins etc, vont commencer à retirer les végétaux envahissants, dégager les pieds des piliers, refaire des marches d’escalier et retirer les divers éléments de la SNCF scellés dans les piliers.
Des grimpeurs équipés de perceuses portatives prêtées par la FFME commencent à sceller dans la meulière des broches d’assurage de 25 cm commandées pour l’occasion. Cette journée permettra aussi de débarrasser, avec l’aide des services techniques des deux communes, le bas du viaduc des carcasses de caddies, vélos et scooter jetés du haut du viaduc. La presse locale s’en fait l’écho, le viaduc est connu et reconnu comme stade vertical.
L’association « Viaduc des Fauvettes » organisera une deuxième journée inter associative le 7 octobre 1990 afin de poursuivre l’aménagement du site pour le rendre « propre et accueillant ».
L’Association rencontre le Conseil Général de l’Essonne en janvier 1991 pour solliciter son aide afin de poursuivre l’aménagement du viaduc. Elle le rencontrera à nouveau pour trouver des solutions au problème de stationnement des véhicules autour du viaduc qui gênent le voisinage.
Le CD 91 FFME édite un premier topo succinct le 8 octobre 1990 puis un vrai topo avec l’aide du « Vieux Campeur » en avril 1991.
L’article sur le viaduc dans « Vertical » de juin 1991 sous la plume de Jacky GODOFFE avec une reprise du premier topo accentue la fréquentation.
Le Comité Sportif Escalade de la FFME en la personne de son Vice-Président Daniel TAUPIN, propose en 1990 une convention entre la DDE et FFME pour confier la garde du viaduc à la FFME après expertise de la sécurité. Cette initiative est soutenue par Philippe MULLER, trésorier du CD91 de la FFME. Mais la proposition de convention sera sans suite.
L’avenir du viaduc fait débat au sein des conseils municipaux :
Si on le rénove qui paie la facture ?
Qui en sera propriétaire et quelles responsabilités en découlent ?
Si la structure devient un haut lieu de l’escalade, quels en seront les accès et la fréquentation sera-t-elle supportable par les riverains ?
A qui incombe le gardiennage du viaduc ?
Les deux maires, Philippe JANIN et Stéphane du CREST responsables de la sécurité sur leurs territoires, sont en situation très délicate. Il y a urgence à trouver des solutions. Le trou de bombe dans la première arche, les restes fragiles de rambarde de fonte, les risques que prennent les promeneurs et les cyclistes en circulant sur les rebords du tablier sont sources d’inquiétudes permanentes. Le viaduc n’attire pas que des grimpeurs et des spéléos : Des sauteurs à l’élastique, des équipes de tournage de films parfois à l’insu des élus, l’entraînement des parapentistes à l’ouverture du parachute de secours sous tyrolienne, les pompiers et toujours le GIGN (dont un des membres sera victime d’un accident mortel en pratiquant le saut pendulaire en avril 1990). On décomptera de plus trois suicides entre 1989 et 1992.
Le trio se retournera donc en 1992 vers son propriétaire : l’Etat. A la suite de cette démarche le Préfet de l’Essonne saisit ses services (la DDE à l’époque) pour demander une expertise sur cette structure qui appartient à l’Etat et qui donc engage sa responsabilité, même si la sécurité des citoyens relève de la responsabilité des élus et non l’Etat.
L’expertise est sans appel :
Le viaduc est susceptible de s’effondrer suite au trou de bombe sur l’une de ses arches ;
Son tablier est fissuré, envahi par des arbustes et les piliers qui le soutiennent prennent l’eau ;
Le lierre grimpant en abondance sur les piliers fragilise les joins entre les meulières ;
Les rambardes en fonte menacent des tomber les unes après les autres.
L’ordre du Préfet adressé aux deux maires est sans appel : Avant toute poursuite de la concertation engagée, le viaduc et ses abords doivent être interdits au public. En 1997, un arrêté préfectoral interdit l’accès au viaduc, considéré comme très dangereux.
Les maires de Gometz le Châtel et de Bures sur Yvette sont sommés d’apposer les panneaux interdisant l’accès au viaduc sous peine de poursuites, et de faire respecter cette interdiction. Ces arrêtés seront publiés et affichés, des barrières seront installées, mais comme on peut l’imaginer, Philippe JANIN et Stéphane du CREST désormais les deux maires concernés auront beaucoup de difficulté à faire respecter les consignes car les grimpeurs furieux de cette interdiction ainsi que les riverains fractureront les barrières et continueront à fréquenter « leur » viaduc. Le Préfet en colère menace alors de détruire le viaduc si ses consignes ne sont pas respectées.
C’est dans cette ambiance que notre trio Daniel Taupin, Philippe JANIN et Stéphane du CREST poursuit les négociations qui vont durer trois années. Les travaux nécessaires à la sécurisation du viaduc concernant la réfection du trou de bombe, l’étanchéité du tablier et le remplacement des morceaux de rambarde par une nouvelle rambarde en bordure de tablier sont évalués à 760 000 € et seront financés par un fonds de concours partagé entre l’Etat, la Région, le département est les communes.
L’obtimiste étant de mise après l’annonce que les travaux de sauvetage du viaduc sont envisagés, un programme d’équipement « escalade » de 200 points d’assurage des piliers est lancé avec un appel aux dons auquel ont répondu la commune de Gometz, le « Vieux Campeur », le COSIROC, la FFME Région, la FFME départementale et diverses associations. Le coût est estimé à 64 000 F. Il est commandé des broches spéciales de 25 cm, à sceller dans la meulière (une roche très dure) avec un angle de + 15°/horizontale et encoche supérieure et inférieure, avec les consignes respectant la volonté de développer une escalade pour tous et reprenant les consignes de la FFME rédigées en partie par Daniel Taupin sur « l’équipement d’un site naturel d’escalade », voire la page 39 : premier point à 4m, second point à 1.30m, le troisième point à 2.5m, puis une équidistance d’environ 3m.
Les broches des rings dans le haut du tablier en calcaire ne seront que de 9 cm, elles seront systématiquement doublées pour la moulinette. Les deux résines utilisées seront la Sikadur 31 (très chère) et la Hilti C-100 (moins chère). Quelques relais sont installés sur le pilier N°7 de 33m.
Mais avec la publicité faite autour de cette nouvelle structure d’escalade et de spéléo, la fréquentation augmente et commencent les dégradations : marches d’escalier utilisées pour faire du feu, ravinement aux pieds des piliers, stationnements gênants malgré les consignes des communes… On comptera jusqu’à 300 grimpeurs un dimanche d’avril 1990.
Les équipeurs se succèdent et les ouvreurs s’approprient le viaduc : A.PRINCE, J-C.DROYER, Y.LAFARGUE, E.TSUROUPA, J.RENAUD, B.EGRON, F.DEFRANCE, E.LAFORGERIE, B.FOREST. La majorité des voies se situent dans le 6, mais à l’initiative de B.EGRON on trouvera aussi des voies dans le 4+.
Les voies dans la voute permettent d’ouvrir dans des cotations jusqu’au 8a. Les ouvreurs se multiplient au point de créer un malaise dans le milieu de la grimpe du viaduc, d’autant que certains d’entre-eux n’hésitent pas à modifier les passages en creusant des prises dans la meulière alors que leurs itinéraires se contentaient des bordures des joints et du relief naturel de la meulière. Les ouvreurs sont furieux de constater que leurs voies sont ainsi modifiées.
Les ouvreurs et les équipeurs sont invités à se rapprocher auprès de Jean LE NEVE désigné par la FFME pour coordonner l’ensemble de l’opération équipement et cotation des voies.
Les mousquetons « marines » installés sur chaînes pour installer les moulinettes ne résistent pas à l’érosion due au frottement des cordes chargées du sable aux pieds des piliers. Les mousquetons fortement entaillés seront vite retirés car devenus dangereux.
En mars 2000, le syndicat SICOVY (SI pour la COulée Verte de l’Yvette) est créé par les communes de Bures-sur-Yvette, Gometz-le-Chatel et Les Ullis afin d’assurer la gestion de la coulée verte de l’Yvette. En 2001 un accord est trouvé et une convention est signée validant le projet de sauvetage, mais le chantier ne débutera qu’à la fin de l’année 2003 et va durer un an. Les travaux comportent la reconstruction à l’identique de l’arche endommagée par les bombardements de 1944, l’installation de garde-corps en haut du viaduc et la réfection de l’étanchéité.
Sans qu’il en ait été question lors de la concertation, la DDE prendra l’initiative d’ajouter la réalisation de deux puits percés dans le tablier permettant la descente en rappel. Notre compagnon Daniel TAUPIN fortement impliqué dans cette aventure ne verra pas la fin des travaux car il meurt dans un accident de montagne le 28 août 2003. (Une plaque commémorative sera scellée sur un des piliers du viaduc).
La remise en état du viaduc sera terminée en juillet 2004. Le 2 octobre 2004, le viaduc est à nouveau ouvert officiellement au public et accessible aux spéléologues et aux grimpeurs. Le viaduc rénové sera inauguré en présence du Préfet de l’Essonne, du Sous-Préfet de Palaiseau, de Stéphane du CREST maire de Gometz le Châtel et de Philippe JANIN maire de Bures sur Yvette, de Maud OLIVIER maire des Ulis, des représentants du Conseil Régional et du Conseil Général, de la DDE, de la DDJS…
En raison du coût d’entretien du viaduc, l’État montre rapidement sa volonté de s’en séparer. Après différents tours de table la FFME, le Conseil Général, la CAPS, le COSIROC représenté par Oleg Solkoski lors des réunions, refuseront de devenir propriétaire du viaduc et de son emprise (En même temps, l’état s’est prononcé contre l’acquisition du viaduc par le cosiroc, ce qui n’a pas empèché la comité d’accepter le rôle comptable de collecteur de fond pour financer les travaux). Le projet de le vendre à une société privée pour la création d’un parc d’aventure entraîne une mobilisation des sportifs et des élus, qui souhaitent que le viaduc reste un bien public et devienne pour cela la propriété d’une collectivité. Finalement le Syndicat intercommunal pour l’aménagement de la coulée verte de l’Yvette (SICOVY) en deviendra propriétaire en 2008.
Stèphane du Crest (Témoignage récolté en juillet 2026).
1) Le viaduc des Fauvettes est un ouvrage ferroviaire construit en 1913 pour la circulation des trains de la ligne de Paris-Chartres par Gallardon.
Il enjambe le ru d’Angoulême et surplombe la vallée de l’Yvette sur les communes de Gometz-le-Châtel et de Bures-sur-Yvette, en Essonne.
Le viaduc a été utilisé par l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, et a été bombardé en 1944 par les Alliés ce qui a fortement endommagé une de ses voutes côté Gometz le Châtel, fragilisant l’ensemble de la structure (précision importante). Il est dépourvu de ses rails en 1970.
La partie de cette ancienne voie ferroviaire a été utilisée 1 km plus loin vers le Sud-Ouest par l’Ingénieur Bertin pour ses essais d’aérotrain. Il fait partie des domaines de l’Etat.
Le viaduc est un ouvrage en maçonnerie majoritairement en moellons de meulière pour les piliers et les voutes. Le tablier et en calcaire gris compact et les semelles et fondations des piliers sont maçonnés. Les piliers sont des structures creuses vraisemblablement comblées à la construction.
Le tablier se trouve au niveau géologique des argiles à meulière du burdigalien et les piliers reposent sur les sables de fontainebleau du stampien. Le viaduc compte 11 piliers (6 sur Gometz le Châtel et 5 sur Bures sur Yvette), et donc 12 arches de 15 mètres d’ouverture. Il a une longueur de 221 mètres pour une largeur de 8,15 mètres, il culmine en fond de vallée à 34 mètres de hauteur.
Lors de la construction, des rambardes en fonte avaient été scellées sur les bords du tablier mais celles-ci ont vite été dégradées et brisées chutant au bas des piliers. » Depuis 2008, le viaduc des Fauvettes est propriété du syndicat intercommunal de la coulée verte de l’Yvette, le SICOVY.
Ecrit de Daniel Taupin publié dans la revue du CAF Paris-Chamonix de decembre 1999.
Il y a plusieurs années, la Direction Départementale de l'Équipement, gestionnaire des lieux qui appartiennent à l'État, avait fait expertiser le viaduc qui, comme chacun sait, est entamé d'un trou de bombe depuis plus de cinquante ans, étayé depuis l'époque par des étais en bois qui sont en état de décomposition avancée. Au printemps 1997, un bureau d'études avait constaté que les témoins posés en 1951 n'avaient pas bougé et que le viaduc était en bonne santé.
À l'automne 1997, le même bureau d'études a émis un avis totalement opposé et alarmiste, bien qu'aucun témoin n'ait manifesté de défaillance : le viaduc peut s'effondrer du jour au lendemain et le préfet a pris un arrêté de péril imminent de sorte que nul ne peut même plus s'en approcher. (En guise de cadeau de la nouvelle année, l’accès au viaduc fut interdit par arrêté préfectoral le 31 décembre 1997)
En fait, cette menace d'effondrement et l'arrêté y afférent étaient liés à l'inquiétude du préfet et des riverains devant des accidents n'ayant rien à voir avec l'escalade, mais des chutes du sommet par perte d'équilibre, ou des suicides. En outre, si le viaduc est encore solide pour des années, le sol est de plus en plus érodé, au point de compromettre sa stabilité, et les étais du trou de bombe sont franchement pourris. En d'autres termes, si les raisons officielles de l'interdiction sont contestables, le motif réel est de forcer les élus locaux à récupérer ce bébé gênant pour les services de l'État, et à trouver le financement de sa réparation.
Une situation bloquée
Ça a été dur, mais au printemps 1999, on avait pratiquement trouvé les 5 millions nécessaires à la réparation, venant en partie de l'État, de l'Agence des Espaces verts d'Île-de France, du Département... et de la réserve parlementaire du sénateur-maire des Ulis.
Mais la situation était quand même bloquée parce qu'aucune collectivité locale - commune, département, État (DDE) - ne voulait être propriétaire d'un machin où des « inconscients qui mettent en danger la vie des sauveteurs » pratiquaient l'escalade ou l'entraînement à la spéléologie. Bien sur, les trois maires voisins, qui soutiennent vigoureusement le projet de réhabilitation à des fins sportives et touristiques, étaient partisans de cette solution - le maire de Gometzle-Châtel est un grimpeur - mais ce n'était pas l'avis de leurs conseils municipaux ni des fonctionnaires des administrations.
Alors, après avoir appris cela, j'ai cherché une association ou une fédération grimpante qui soit volontaire pour prendre ce risque mythique : la réponse positive est venue du Comité régional Île-de-France de la FFME.
De là, sauf obstacle administratif de dernière heure, les travaux pourraient même commencer fin 1999. C’est-à-dire : la reconstruction de l'arche bombardée, la reconstruction des garde-corps - une exigence du préfet pour la sécurité des promeneurs - et les travaux de consolidation du sol avoisinant. Plus, divers aménagements pour que le viaduc soit intégré à un itinéraire sécurisé de promenade et même de randonnée.
Inutile de dire la jubilation des maires et élus du coin... Et la mienne (la vôtre aussi, je présume). Je signale ce problème aux autorités depuis vingt ans...
Daniel Taupin
(Selon mon souvenir, Daniel était un vrai savant, un savant rigoureux comme un savant doit l’être. Ce n’était pas un " Yaka le Faucon" qui s’arrete à sa première idée venue en regardant ses paroles s'envoler comme des papillons en espérant quelles feront mouches. C'était un concret, un bosseur comme pas deux. Sitôt pensé, il vérifiait les possibles de l'idée, puis il passait à la concrétisation. C’est bien simple : aucun problème technique ne lui faisait peur).