2021 - les Circuits Enfants

Les Circuits E versus les circuits F. Qu'est-ce qu'un circuit E d'abord ?

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C'est ce curieux fléchage en opposition entre l'ancien circuit blanc reconverti en circuit vert-clair et le nouveau circuit blanc qui le remplace qui nous a inspiré le titre de cet article. En effet, c'est comme si là, on avait à choisir entre aller vers l'un ou aller vers l'autre, alors qu'en rien, il ne faut opposer les circuits E et les circuits F.

En quelques années, un certain nombre de circuits blancs Enfants sont devenus dans les annales des circuits Faciles pour adultes, tels que le circuit Blanc Enfant de Nainville initialement dédié aux enfants à partir de 5 ans, et le circuit " caramel " du Télégraphe dédié quant à lui aux enfants à partir de 8 ans (1). Et cela suivant l’affirmation à vérifier qu’ils seraient principalement utilisés par de très vieux grimpeurs, et aussi par des familles et des adultes débutants (2). En réalité, pourquoi ne pas mixer certains circuits dédiés aux préadolescents (de 10 à 14 ans) en ados-adultes, tels que le trop difficile circuit Enfants du côté de Nainville - Colline et le circuit blanc de Michel Coquart de la J.A Martin en grande partie disparu car inutilisé. Oui, pourquoi pas ? : disions-nous sauf que ces reconversions ont touché certains des circuits Enfant les mieux adaptés à l’accueil des groupes scolaires et de centres aérés : donc les plus utilisés par les professeurs EPS, les instituteurs et les animateurs de l’Usep. Nous parlons entre autres du circuit Enfant de la Roche aux Sabots, des circuits E2 et E3 du Télégraphe au Rocher du Duc, du saumon d’Étréchy... Nous avons conscience que ces transformations partent d’une intention généreuse : celle de donner à ceux qui en ont besoin des circuits d’escalade dits Faciles (3) mais pour se faire, il faut considérer qu’il y a une différence fondamentale entre les circuits Enfants et les circuits d’escalade classiques qu’ils soient Faciles ou pas. Les circuits Enfants sont conçus pour la découverte de l’escalade par des enfants d’âge différent chaussés de chaussures de type basquet peu adaptées à l'escalade, alors que les seconds sont des circuits conçus pour la pratique de l’escalade comme sport à part entière et se parcourant généralement avec des chaussons spécialisés. Autrement dit, les circuits Enfants sont spécifiques et ils doivent garder impérativement leurs particularités, et plus que jamais dès lors qu’ils sont dans un environnement propice à l'accueil des groupes d'enfants venus à la découverte de l’escalade. Maintenant, pour ce qui est du besoin d’avoir des circuits très abordables pour la pratique de l’escalade, je vous propose de regarder ce qu’en disait Michel Coquard en 1987 - le promoteur historique des circuits Enfants - dans le deuxième fascicule Guide de l’escalade enfant en région parisienne : « Le développement de l’escalade en milieu scolaire… nous a conduit à présenter simultanément les circuits blancs pour enfants et les circuits jaunes (F ou PD), ces derniers correspondant plus à une pratique avec des adolescents et dans certains cas avec des préadolescents. Il apparaît d’ailleurs que, dans les aménagements actuels, se fait ressentir le manque de circuits intermédiaires entre les blancs et les jaunes pour adultes, notamment pour les jeunes du premier cycle secondaire ». Constat de Michel qui n’a pas conduit à la création de ces fameux circuits « F » manquants, simplement parce qu’une partie des besoins était satisfaite par les circuits E+ (circuits dédiés aux adolescents de10 à 14 ans), en effet, Michel le dit lui-même dans l’introduction du même ouvrage : « Cette brochure est destinée aux responsables des collectivités d’enfants... Mais qui peut le plus peut le moins : elle sera utile aussi aux sorties familiales ». Vous voyez, il y a plus de trente ans, on avait déjà remarqué que les circuits E+ en particulier convenaient également aux adultes qui en avaient besoin sans pour autant que l’on songe à leur dédier pleinement. Comme aujourd’hui, il y a des circuits jaunes, même oranges dont de nombreuses voies sont parcourues par des enfants « grimpeurs » à partir de neuf ou dix ans, sans que personne songe pour cela en faire des circuits enfants à part entière (4). Ainsi, ils n’y a pas dans notre esprit à mettre en opposition les circuits « E » et les circuits « F », puisque la plupart des circuits E+ (ou E3) sont des circuits qui pourraient être qualifiés « F ». Sauf que la qualification de circuit E2 et E3 en « F » avec cotations spécifiques pour les adultes, ne doivent pas toucher tous les circuits (5). Et cela, même s'ils sont actuellement plus "utilisés" par des adultes que par les enfants. (Voir à ce propos l'article : L'escalade Enfant et ses circuits dédiés.) En effet, s’il peut être bénéfique que certains circuits, délaissés aujourd’hui retrouvent une sorte de vie sociale en les « sportivisant », on doit veiller à ce qu’ils demeurent impérativement dédiés à la classe d’âge pour laquelle ils ont été créés au départ, ce qui signifie qu'ils doivent leur demeurer accessibles d'un bout à l'autre. En effet, nous soutenons que ce sont aux adultes intéressés de s’accommoder aux circuits Enfant tels qu’ils le sont, comme des tas d’enfants s’accommodent des circuits « adultes » avec leurs voies impossibles pour eux.

Il est vrai que la manière dont les jeunes grimpeurs découvrent et sont initiés à l’escalade aujourd’hui ressemble peu à celle d’autrefois. La plupart des circuits E datent de la grande époque où le seul matériau dont les pédagogues disposaient dans le coin pour faire découvrir l’escalade aux enfants était les boules de grès (6). Aujourd’hui certains circuits E apparaissent comme « obsolètes » du fait qu’ils ressemblent un peu trop à des circuits classiques sur lesquels se pratique l’escalade. En effet, les circuits enfants n’étaient pas tous adaptés à la découverte de l’escalade en groupe classe comme les circuits jaunes créés à la même époque n’étaient pas tous conçus pour l’initiation malgré la fonction des jaunes voulue au départ. En clair, certains circuits E étaient quasiment condamnés à disparaître sitôt créés alors que d’autres sont demeurés fréquentés durant des décennies. Pourquoi ? Parce qu’ils donnaient pleinement satisfaction aux pédagogues autant qu’aux enfants. Quelles étaient leurs qualités que les autres n’avaient apparemment pas ? Il faut reconnaître que la découverte de l’escalade pour enfants est une affaire de spécialistes, même si, durant un temps, on a songé qu’il suffisait que les circuits Enfant soient là pour que ceux qui le souhaitaient emmènent des enfants alors qu’ils n’étaient pas grimpeurs eux-mêmes, on a découvert que ça ne fonctionnait pas comme ça ! On ne peut pas se dispenser de connaître l’escalade et en avoir en même temps une approche pédagogie réfléchie. Le succès d’un circuit enfant tient aussi beaucoup au site de blocs, à son aspect rassurant lorsque le sol est plat et les blocs proches tout en étant en même temps aérés, tout le contraire d’Apremont et de la J.A martin…(7) De fait, voici les conditions du succès : Il faut que les circuits E soient accessibles à partir d’une aire de stationnement pouvant accueillir un ou plusieurs cars. Que l’accès au site soit relativement facile sur un bon chemin sans circulation automobile. Et que les sites soient préférentiellement avec des blocs peu élevés et circonscrits dans une zone relativement restreinte ; et qui propose au moins un circuit à deux niveaux, ou mieux encore, deux circuits ou trois circuits adaptés à différents tranches d’âges. Et enfin, que ces circuits enfants ne soient pas dans une zone où il y a des circuits adultes. Et bien, les sites qui réunissent toutes ces qualités sont rares, trop rares pour voir l’un ou plusieurs de ces circuits transformés « en circuit adultes et facultativement pour enfants » alors que c’est l’inverse qui était jusqu’à présent établi. Voici donc les sites actuels reconnus dont nous souhaitons qu’ils demeurent entièrement dédiés à l’escalade Enfants, et accessoirement aux adultes qui ne ressentent pas de gêne à grimper dessus :


Une photo souvenir après une après midi passée à La Canche aux Merciers à grimper sur du " vrais rocher de dehors ". La majorité des ces enfants ont fait leurs premiers gestes d'escalade en structures artificiels d'escalade et c'est chaussés " convenablement " qu'ils ont fait leurs deux ou trois sorties en extérieure par an.

Nous ne connaissons pas assez les circuits enfants implantés dans les massifs de la vallée de Chevreuse par exemple pour en parler ici, mais sans doute qu’il y en a qui ont les qualités souhaitées et que nous aurions pu citer.

Pour les autres, ceux d’Apremont et de la J.A Martin, il serait peut être pertinent de les affecter à une pratique « familiale » disons sportive de l’escalade, c’est-à-dire avec des chaussons recommandés pour les « enfants » de 10 à 14 ans aussi. Il va de soi que chacune des voies doivent demeurer accessibles à la leur morphologie. Cela exige une petite discussion argumentée de la part de ces spécialistes pour savoir quoi faire de ces circuits dans un avenir proche. Ce qui signifie que les reconversions ne doivent pas être menées comme c’est le cas actuellement, de l’envie et l’avis d’un seul homme.


En résumé : c’est un tort de mettre dos à dos les circuits dits E et F. Les circuits « enfants » qui fonctionnent et qui sont en bon état tels que ceux de la Roche aux Sabots, de la Padole secteur Aqueduc, d’Etrechy, de Beauvais-Télégraphe doivent garder leur statut de circuit E même s’ils peuvent convenir à des adultes. En revanche, on pourrait reconsidérer la destination des circuits « E » qui n’ont plus trouvé d’audience depuis longtemps et qui ont presque disparu. Cette opportunité étant offerte avec les circuits E+ d’Apremont, de la JA Martin et de Chamarande. De plus, ceux qui ont cœur à développer les circuits « F » pour adultes, peuvent aussi demander la permission à l’ONF d’en créer deux ou trois, mais ne réduisons pas le nombre de circuits enfants opérants pour cela.


Pepito le 14 mars 2021


    • (1) Depuis peu, les circuits "F" demeurés blanc sont progressivement repris avec une couleur spécifique pour les distinguer des circuits Enfants, en l'occurrence en vert.

    • (2) Alors que c’était sans doute une des circuits Enfant le plus utilisé du Grand Fontainebleau et cela depuis longtemps, le « caramel » de Beauvais Télégraphe a été requalifié « F » à l’occasion du changement de couleur justifiée par cette petite note pour le moins surprenante : «… initialement en Caramel, il était en voie d’abandon. Depuis, il est fréquenté quotidiennement et les utilisateurs trouvent la couleur pertinente ». Que la couleur d’un circuit ait été difficile à distinguer, cela ne signifie pas qu’il était en voie d’abandon, vu le nombre de classes d'enfants qui l'utilisent chaque année.

    • (3) Les Circuits Enfants E-, E, E+ (Trois tranches d’âge ont été retenues pour classer en quelque sorte les circuits enfants : ne pas les confondre avec un quelconque niveau de difficulté comme pour les circuits « adultes ». Qualifier un circuit enfant F-, F ou F+ et coter chacun des passages, c’est introduire une notion de difficulté qu’en principe les circuits enfants n’ont pas dans l’esprit. En effet, si les enfants se foutent que ça soit E ou F, ils se foutent aussi de savoir qui a fait le circuit, la date de création, les cotations supposées de chaque passage… Ils sont dans l’immédiateté, dans le jeu, le reste c’est sans importance. Les lettres E ou F portent une information destinée aux responsables des collectivités et aux adultes en général. Par exemple : L’indication E+ (ou E3) avertit que le circuit est dédié aux préados et aux adolescents et accessoirement peuvent convenir aux adultes ; quant à l’indication F, elle avertit que circuit est dédié aux adultes et accessoirement peuvent convenir aux ados, du fait qu’il n’a pas été conçu avec ou par eux.

    • (4) Le terrain de jeu de l’enfant » n’a pas de limite, il y a quelques jours, un gamin de 11 ans a réussi un 8c, et j’ai vu, il y a peu, une jeune personne de huit ou neuf faire comme une fleur le pied-main en 7a de Amanite, puis le refaire pour la photo avec une facilité déconcertante.

    • (5) Plusieurs fiches circuits E/F sont parus avec une double cotation pour chaque passage : une pour l'enfant donc on se demande comment elle a été estimée et une deuxième pour les adultes. Ainsi, sur l’une d’elle, on découvre que le circuit est F pour les adultes mais serait PD ou AD/D pour les enfants avec du 4c/5a. En réalité, cette double cotation nous apparait à la fois inutile et arbitraire, c'est pour ça que sur les fiches circuits Enfant de Topo Bleau vous n'en verrez pas. Un circuit F pour facile pour les adultes serait un circuit E qui aurait en quelque sorte, perdu son assise). Voir la photo ci-dessous.

    • (6) A cette époque, il fallait convaincre que l’escalade était aussi pour les enfants et que les circuits étaient surtout un équipement pour leur faire découvrir, alors qu’aujourd’hui les enfants vont en salle pour pratiquer l’escalade et qu’ils sont déjà grimpeurs lorsqu’ils vont en terrain naturel. Mais cela n’empêche pas que l’on ait encore besoin de circuits enfants pour que des enfants qui ne connaissent pas ce sport le découvre dans les cadres de sorties « encadrées » justement d’où la spécificité de certains terrains qu’il faut impérativement défendre.

    • (7) Il y a de nombreux circuits enfants quasiment disparus qui pourraient évoluer dans ce sens sans gêner les animateurs de groupes d’enfants (professeurs EPS, instituteurs, animateurs de l’Usep, même les parents avertis), justement parce qu’ils ne sont plus utilisables depuis très longtemps, sorte de preuve qu’ils sont a récréer dans une optique plus sportive de l’escalade enfant, adulte).


Aujourd'hui, la majorité des enfants découvrent et deviennent des grimpeurs en mur artificiel d'escalade et quand ils viennent à Bleau, ce n'est pas véritablement sur les circuits E qu'ils grimpent mais sur des voies de toutes les couleurs pourvues de brises accessibles à leur taille... Il suffit de les regarder grimper lorsque on en rencontre pour le constater.

Descente en cheminée en empruntant la montée d'un jaune. " Ils font à l'instinct " dira un observateur épaté.

Retour aux sources au Télégraphe (Rocher du Duc). Que d'hésitations ! Tantôt E, tantôt F, tantôt, rose, blanc, chocolat, ou violet... Qu'importe la couleur et le pied de la lettre, pourvu que les circuits Enfant leurs restent pleinement dédiés...